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LES POUPEES LA NICETTE

Dominique Pennegues
Le créateur des poupées Nicette, Gaston Casimir Perrimond, était originaire de La Rochette, un village situé au bord des Alpes de Haute Provence et des Alpes Maritimes, perché autour des ruines d’un château féodal. La beauté des lieux où il a grandi a probablement généré en lui le besoin de la reproduire et de cibler la perfection.

Gaston Perrimond est venu s’installer à Nice alors qu’il était encore un tout jeune homme, au début des années 20, époque où une jeune italienne talentueuse, Elena Scarvini, atteignait un succès international avec ses célèbres poupées "Lenci" en feutre, déjà bien connues et appréciées dans le sud de la France, sensible à ce qui se passait chez son voisin le plus proche.

 

Un jeune Niçois, Denis Giotti, avait lui aussi commencé, dès 1919,  une production similaire à celle d'Elena Scarvini, avec pour marque "Les Poupées Magali" et leur succès a probablement encouragé Gaston Perrimond qui a compris rapidement que le va et vient incessant de riches étrangers en villégiature était de nature à favoriser le commerce d’objets de luxe, comme celui des poupées d’ornement.

Il  s’est  rapidement tourné vers ce type de production, avec la confection d’animaux, ainsi que celle de poupées en étoffe bourrée habillées en costume Niçois, et pour lesquels il a enregistré deux marques en 1924: «NICETTE» (probablement réservée aux jouets en étoffe bourrée) et «LA POUPEE LA NICETTE» pour "une poupée en tissu". Il est a rappeler que Nicette est un rare prénom féminin devenu soudainement à la mode dans le sud de la France en 1923. On peut noter que Gaston C. Perrimond a désiré également suggérer l’origine provençale de sa production  dans le dessin d'un de ses premiers logos, «La Nicette» figurant au centre d’une couronne de fruits colorés cultivés dans le sud de la France.

La qualité de sa production de poupées en étoffe lui a très rapidement permis de trouver une place satisfaisante sur le marché outre Atlantique, le prix raisonnable de ses très belles créations lui permettant de rivaliser avec les couteuses poupées Lenci de l’époque.

Il est permis de dire, au vu du nombre de poupées LA NICETTE retrouvées dans les collections américaines actuelles, que son but de devenir premier exportateur de poupées tissus françaises  aux E.U. fut aisément atteint, car pionnier en France (avec les poupées Magali) sur ce marché extérieur, et sans rival sérieux lors de ses débuts : les poupées La Vénus étaient réservées en priorité au marché français, et la production des poupées Raynal n’avaient pas encore commencé.

Cette belle production se particularise par la création de poupées destinées aux jeux des enfants, et celle, plus luxueuse, de poupées pour adultes destinées à la décoration, sachant que les deux types de poupées pouvaient jouer l'un ou l'autre de ces rôles, en dehors des très rares et précieuses poupées longilignes  tout en feutre, réservées pour les boudoirs et les salons.

Lorsque l’on examine avec minutie les poupées La Nicette de la seconde partie des années vingt, plus exactement à partir de 1926, on constate que celles-ci ont la tête légèrement inclinée et tournée vers la droite, et leur regard tourné vers la gauche. On peut également observer que la presque totalité des poupées La Nicette fabriquées dans les années 20 ont une expression pensive, mélancolique, voir boudeuse. Elles sont produites en différentes tailles, et habillées d’organdi et de feutre.

Les poupées particulièrement destinées à la décoration ne se déshabillent pas, et les culottes-chemises sont le plus souvent cousues au corps de la poupée, comme le sont les chaussettes. Les cheveux en mohair sont cousus directement sur le crâne ou sur une perruque selon les modèles.

Gaston C. Perrimond  a également mis sur le marché  des années vingt et début trente des poupées d’ornement de 20cm, à la tête et aux membres en feutre, et au tronc en tissu bourré le plus souvent. Ces «minuscules» ou "mascottes"ou encore  «poupées fétiches», ont vu leur présentation s'améliorer au cours des années, et finirent luxueusement vêtues dès la fin des années vingt. Leur qualité et leur prix compétitif  leur ont  permis de rivaliser au début des années trente avec leurs aînées italiennes de tailles similaires et apparues plus tardivement, à partir de 1929 (1).

A la fin des années vingt, la prospérité de l’entreprise G. Perrimond lui a permis d’ouvrir une salle d’exposition à Paris, Faubourg St Denis, ainsi qu’un département pour l’exportation rue du Paradis, tout en maintenant le siège à Nice.

Les poupées La Nicette étaient surtout vendues en France par le grand Magasin des Galeries Lafayette et l’on peut remarquer ces poupées sur les catalogues annuels des étrennes de ce célèbre magasin.

Gaston Perrimond est le premier grand fabricant français à avoir suivi l'exemple de Stefania Lazarska dans la mise sur le marché français de bébés en feutre bourré. Cette très belle production fera  l'objet d' un autre article.

Nous constatons qu’à ce jour, la plupart des poupées La Nicette que nous avons pu retrouver appartiennent à des collections anglaises et américaines, ce qui vient confirmer la vocation d’exportateur du fabricant. Le tampon «Made in France» figure sur les sous vêtements des poupées et bébés exportés, et nombre d’entre eux portent, avec le label La Nicette, celui de la société d’importation «Kimport Cie» qui se chargeait de leur vente aux Etats-Unis.

Les poupées La Nicette conservées en France sont le plus souvent identifiées par les marchands et les collectionneurs comme étant des poupées Raynal, la ressemblance des productions étant indéniable, même si la confusion est très injuste vis à vis de Gaston Périmond, dont les poupées et bébés furent, avec les poupées Lenci, un objet «d’inspiration» pour Mme Gold Raynal qui a utilisé, pour l'habillement de ses poupées et bébés, des petits boutons strillés similaires à ceux utilisés pour les poupées et bébés La Nicette.

A partir de 1935, l'air de famille des poupées La Nicette avec les poupées La Vénus, Clélia et Raynal s'est trouvé accentué par l'usage de  nouveaux moules pour les têtes de poupées, lesquels semblent tous provenir du même fabricant parisien. Ces poupées se distinguent les unes des autres par la façon dont les traits sont peints, par le label du fabricant qui figure sur les semelles des chaussures et le revers des médailles en métal doré, ainsi que le modèle des mains en tissu, celluloid ou rhodoid.

La production des poupées La Nicette en étoffe s’est terminée en 1940 avec les restrictions imposées par la Grande Guerre, et ne fut pas reprise par la suite, pas plus que le furent celles de ses concurrentes françaises.

 

(1) Lenci The History and the Dolls par Nancy Lazenby.


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